Quant on envisage de quitter son pays
d'origine, à la quête d'une vie disparate et de nouveaux
horizons, on risque de se heurter contre un amas de sensations
antagoniques, et d'emporter un lot d'émotions nostalgiques.
Dès lors, l'amour, ce transport des sentiments antérieurs
véhicule toutes nos aspirations, et commande nos états
d'âme affaiblis. Inconsciemment, la larme coule au coin de
l'oeil, et le sourire disparaît et devient un souvenir dans
la mémoire oubliée. Les images du passé ne
cessent de faire surface, et les papillons noirs s'envolent dans
les esprits vides et abandonnés. Ainsi, la tristesse s'égare
parmi les inquiétudes du coeur, et le mal du pays devient
une réalité vécue, un compagnon inhérent
et permanent.
Cependant, les relations sociales, les nouvelles connaissances,
et la diversité en amitiés, permettent de s'évader
dans d'autres mondes, de se créer des univers nouveaux et
de s'envoler vers d'autres rêves où la possibilité de
survivre est possible.
Alors, la vie continue et le temps passe, on apprend à grandir, à être
mûr et fort, tel le petit oiseau quittant son nid, poussé par
ses parents ou par l'esprit d'une curiosité qui pourrait
se révéler mortelle.
On se dit en aventure, à la quête d'une vie meilleure
, on blâme son sort, son passé, cette terre stérile
qui nous a abandonné, on tombe, on se relève , on
encaisse les coups.
Puis on acquiert la certitude que la vie, le temps et le destin
nous appartient, et le ciel, étant si haut, demeure visible
et le toit qui nous couvre, espérant être des nuages,
notre seul distraction. Par satisfaction, on continue à marcher
vite, sans faire des économies, souhaitons sillonner le
monde et être des oiseaux car il n'y a rien de plus beau
que de planer et nager dans les airs tel un être libre.
La vie est partout, et ceux qui croyaient que le bonheur n'existe
qu'auprès de leurs proches, les étoiles suspendues
là haut tomberaient si la lune n'habitait pas le ciel.
Venir en Belgique était mon plus grand rêve depuis
mon plus jeune âge, comme c'est généralement
le cas de la plupart de la jeunesse marocaine, ou du moins celle
du Nord du Pays. Cette attirance s'explique par différents
motifs : socio économiques, culturels (c'est mon cas), de
proximités...L'Europe me fascinait par sa culture, sa façon
d'être, et sa manière de vivre; l'Europe est synonyme
de liberté, solidarité, modernité, et bien d'autres
valeurs issues des Lumières, cette belle époque qui
ma toujours ébluie depuis mon jeune âge.
Un autre motif responsable en grande partie de cette attirance est
ma famille paternelle résidant en Belgique. En effet, les
ressortissants marocains en Europe jouent un rôle important à nourrir
cet esprit d'attrait au Maroc. Malgré que ces belgo marocains
soient bien au courant de nos habitudes, nos traditions et gardent
l'essentiel de nos croyances religieuse locales, et même une
ferveur inégalé dans certaines situations, ils contribuent
consciemment ou inconsciemment, à tort ou à raison, à la
façon de vivre européenne, à savoir ce qu'on
appelle communément 'The Western Way of Life'.
Il est important de signaler que ces ressortissent ont leur part
de responsabilité dans l'augmentation de l'immigration vers
l'Europe et surtout dans cette démystification de la réalité de
la vie quotidienne chez eux, c’est-à-dire qu'ils transmettent
une réalité fausse à leurs familles d'origines,
montrent une opulence momentanée, glorifie l'Europe et se
montrent supérieurs aux autres.
Le désir de venir en Belgique s'est accentué au fil
du temps en ce qui me concerne, le sommet ayant été atteint
lors de notre visite ma mère et moi en Europe pour la première
fois en 1998. Ce petit périple d'un mois m'a tellement marqué que
la Belgique est devenue une obsession pour moi. Le but de ma vie
se résumait à une seule chose: tout faire pour venir
vivre ici, ou du moins y étudier.
Le rêve se réalisa un jour d'automne fade, en 2004,
un an après avoir décrocher mon BAC, j'ai pu avoir
mon visa pour enfin venir séjourner longtemps en Belgique.
Il est d'ailleurs à préciser, que le fait d'obtenir
un Visa relève presque d'une mission impossible. Tant de complications
inutiles, de va et viens absurdes. Cette période qui a duré un
an m'a profondément déçue. Je n'arrivais pas à comprendre
pourquoi ce pays s'obstine tant à décourager ceux qui
veulent venir étudier chez eux, alors qu'ils disent
favoriser les échanges des étudiants du Nord et du
Sud. Il m'aura fallu du temps et moins de naiveté pour comprendre
l'essence et les enjeux d'un problème si complexe, celui de
l'immigration de masse et de la peur de l'autre.
Donc, je suis arrivé à Bruxelles en septembre 2004
et commença directement ma première année d'études
aux Facultés Universitaires Saint Louis à Bruxelles,
j'ai opter pour des études en sciences politiques et je ne
regrette pas du tout ce choix. mon oncle m'accueillent chez lui durant
9 mois. Par après, il a fallu se débrouiller...
Cette première année fut difficile pour moi, il fallait
tout gérer, subvenir à ses besoins, travailler et étudier
simultanément. C'était la découverte d'un nouveau
monde, d'un nouveau climat, déchiffrer ces codes sociaux,
s'adapter; en bref, s'immerger pleinement dans une société aux
antipodes de celle d'où je suis issu.
Mon expérience individuelle m'a beaucoup ouvert les yeux
sur certaines vérités, qu'elles soient de nature sociétale,
existentielle ou relationnelle. L'être humain apprend beaucoup
en voyageant, en vivant des moments difficiles, en se remettant en
question quotidiennement. L'intégration dans une société autre
n'est pas d'une chose aisée, certes, mais cela ne relève
pas de l'impossible quelque soit nos origine nos croyances et nos
différences. Il suffit d'un minimum d'ouverture d'esprit,
un esprit d'initiative, une maîtrise du rapport à l'altérité,
un respect des valeurs et traditions du pays d'accueil. Il est clair
que toute l'intelligence de l'humain, et plus précisent de
l'immigré est de trouver une ligne de conduite médiane
entre deux cultures différentes, voire contradictoires. Notre
personnalité est unique, mais elle peut être composée
de plusieurs identités qui cohabitent ensemble au lieu de
se chevaucher. N'est t il pas vrai que la personnalité de
l'Homme est en apprentissage constant ?
Je ne crois pas au choc des civilisations, aux incompatibilités
culturelles ou religieuses; mon expérience personnelle et
mon vécu infirment cela.
Il est clair que la capacité de s'intégrer dépend
de plusieurs facteurs: le degré de sensibilité de la
personne, son instruction, son vécu, son passé, sa
personnalité... mais une chose est certaine : quand on s'intéresse à l'autre,
quand on respecte l'être humain pour ce qu'il est et qu'on
on privilégie le dialogue et la sympathie l'immersion ou plutôt
l'intégration équilibrée est à notre
portée.
Je vous dis cela et je sais de quoi je parle, mon vécu étant
assez atypique en Belgique. Comme je l'ai dit, j'ai été confronté à l'amère
réalité, cette période est d'ailleurs l'une
des plus noir de mon existence. J'en garde encore des séquelles; être
privé de tendresse, d'argent et de soutien m'a paralysé,
tous mes rêves s'effondraient. Heureusement que la vie a été clémente
avec moi et que j'ai fait la plus belle rencontre de ma vie : j'ai
trouver une famille d'accueil, même plusieurs, qui m'ont vraiment
aidé, soutenu, et sont devenus de vraies familles pour moi.
En effet, cette retrouvaille étais dû à la connaissance
d'un superbe ami de l'université durant un match de foot.
Il m'a invité plusieurs fois chez lui au plein centre du Hainaut,
m'a introduit au sein de sa famille, et puis le feeling est vite
passé. C'est beau ces actes de générosité et
cette chaleur humaine qui rassure tant. Être un musulman accueilli à bras
ouvert par une famille chrétienne est une chose très
rare de nos temps. Mais la leçon de tout cela est qu'une entente
est fort possible entre les deux grandes famille religieuses. Que
ces familles trouvent dans ces mots mes plus sincères remerciements.
Cette expérience m'a ouvert les yeux sur plusieurs réalités
de la vie immigrée. Quittant le foyer de mon oncle, il fallait
se battre pour survivre, étudier et travailler relève
de l'impossible, c'est pourquoi nombreux des étudiants étrangers
abandonnent, pas sans amertume, leurs études pour se consacrer
au boulot, dans la plupart des cas, sous payé et fatiguant.
Cette réalités, m'a enrichi et pousser vers un devoir,
qui est celui de promouvoir les échanges, la mixité et
casser les préjugés, les clichés et le stéréotypes.
C'est mon combat de tout les jours. L'avenir de l'humanité repose
sur cela à mon avis. C'est un apprentissage de long haleine,
qui demande des efforts, un rapprochement mondial, une ouverture
d'esprit et surtout un amour pour tous les êtres humains sans
distinction de race, de couleur ou d'ethnie.
Après environ quatre années passées ici en
Belgique, beaucoup de questions surgissent de nul part et hantent
mon existence. Cette année est une année charnière
pour moi (je suis dans mon année de spécialité),
vu que des décisions décisives doivent être prises
avant la fin de l'année académique . Ces décisions
vont conditionner l'avenir de ma vie, je m’en rend compte et
cela me tourmente énormément. Je dois prendre en compte
plusieurs variables difficilement conciliables:
Premièrement: avec la Belgique, ce n'est plus qu'un pays
d'accueil désormais ; je me sens entièrement belge,
c'est une relation affective et effective avec ce beau pays qui m'a
tant donné. J'ai ma nouvelle famille ici, des soeurs et des
frères d'accueil que je ne pourrai quitter, des amis que je
m'imaginerai pas exister sans eux. Je m'intéresse beaucoup à l'actualité belge, à ces
problèmes et ses enjeux socio économiques. Je suis
même membre d'un de ses partis politiques. J'ai mal quand l'équipe
belge de football perd, je saute de joie quand elle gagne, j'adore
ce plat pays, la Wallonie, cette terre; ça m'arrive de croire
que je suis vraiment née ici. Mais, attention , cela ne veux
pas dire que je suis quelqu'un d'ingrat envers son pays d'origine,
quelqu'un qui renie ses origines et ses traditions. Je sais
très fière d'être marocain, berbère et
musulman, je garde toujours contact avec ce beau pays, carrefour
entre deux civilisations, mes parents y vivent, mes amis d'enfance
aussi. J'ai fais mon mémoire de fin étude sur la transition
démocratique au Maroc, je n'arrête pas de vanter les
mérites de ce pays, d'encourager mon entourage d'y aller,
mais je pense qu'on est pas obligé d'être enfermé dans
une logique nationaliste débile et dénié de
sens. Le monde est un espace qui appartient à tout le monde,
les civilisations et toutes les traditions, coutumes de l'univers
dont le patrimoine de l'humanité entière. Il ne faut
pas s'enfermer dans une logique de droit du sol, il faut ouvrir les
frontières, favoriser les échanges et encourager la
réciprocité, trois conditions pour une paix perpetuelle
dans le monde selon moi.
Deuxièmement: pour être honnête et sincère,
je dirai que pour des raisons existentielles et socio économiques,
je préfère faire ma vie en Belgique plutôt qu’au
Maroc. Cela s'explique par les caractéristiques de la société belge
où l'ascension sociale est plus facile à atteindre,
où l'égalité des chance est mieux développé.
Le Maroc a beaucoup à faire dans ce domaine. Il est indéniable
que le pays évolue dans le bon sens, mais l'évolution
est lente et douloureuse. Le moment n'est donc pas encore venu pour
moi de songer à une vie décente là-bas. La générosité et
l'altruisme sont des qualités que je possède, mais à un
moment donné, il faut être raisonnable et clairvoyant,
pour mieux aider mon pays d'origine, je dois d'abord sécuriser
mon existence, être utile et efficace.
Troisièmement: il n’est pas facile de revenir au Maroc
pour recommencer une nouvelle page de son histoire. Il faut dire
que je suis arriver à un âge-clé, à 18ans,
j'étais encore gamin et les 4 ans passés ici ont permis
mon évolution et le développement de ma personnalité.
Pour toutes ces raisons et bien d'autres, le choix de la voie à suivre
est une équation difficile à résoudre. Pour
le moment, je me contente de profiter pleinement de la vie ici, car
qui sait, ça pourrai être ma dernière année.
Je ne cache pas que je songe à introduire une demande de naturalisation à l'office
des étrangers, mais apparemment ce n'est pas possible pour
les étudiants étrangers… C'est pourquoi, il
faut laisser la main à son destin pour décider de son
sort, car je l'avoue, j'en ai ral-le-bol de réfléchir
et de peser le pour et le contre.
El Mehdi El Abadi, Le Roeulx, le 25 novembre 2007 |
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